La marche funèbre

Des morts vivants avancent le regard dénué de vie sur une vaste étendue parsemée d’arbres majestueux frôlant les nuages de leurs cimes, de fleurs plus subliment les unes que les autres qui de leurs fragrances et de leurs couleurs éclatantes enivrent les sens, d’une végétation qui de ses atouts essaie de refléter de la gaieté dans les globes oculaires des marcheurs.

Ils traînent le pas, inlassablement, un pied devant l’autre.
La semelle de leurs godasses ne se détachent jamais complètement de l’herbe fraîche qui se jaunit sur leur passages.

Leur seul objectif est : D’avancer !

Dû au frottements incessants de leurs chaussures, une mélodie hypnotisante se composent, agressant l’oreille tel le va et vient d’une éponge sèche qu’on frotterait sur la surface d’un tableau noir.
Endormant les sens au point où les marcheurs n’entendent, ni ne perçoivent plus les diverses polyphonies de la vie qu’interprètent, les abeilles de leurs battements d’ailes ainsi que les oiseaux de leur chants emplies de liberté et de joie de vivre.
De leur main droite, ils se couvrent le visage.
Non pour regarder au loin mais pour se protéger de la lueur du soleil qui de ses rayons dévoileraient leur misères.
Les plus morts que vivant marchent et marchent sans prendre conscience de leurs existences.
Ils scandent en cœur comme sous l’effet d’une transe des:

« je veux »

Une fois que le ciel se drape du voile noir de la nuit, les morts vivants ne se préparent pas à aller se coucher.

Non.

Ils entament une danse silencieuse, leurs mouvements sont synchroniser.
Les mains posées sur les fronts vont d’un geste saccadés, chercher la poche droite de leur pantalon.
A l’unisson, des millions d’objets sortent du fond des leurs poches, illuminant ainsi leurs visages pâles et blafards à faire pâlir la lueur réconfortante de la lune.

Les marcheurs ne se soucient guère des astres, ils veulent avancer tout en restant sur place, ce laissant guider au grès des choix proposés sur leurs boîtiers à la lumière bleutée.
Leurs doigts semblent se détacher de leurs mains, s’envolant tels des oiseaux vers le ciel étoilé pour atterrir en piquet sur l’écran tactile afin d’y confirmer ses choix.
Les informations, la presse people, le shopping en ligne, les ragots sur les réseaux sociaux, les théories de conspirations, le streaming, les jeux en tout genre tout n’est que prétexte pour s’arrêter.

Marcher, avancer et quand on s’arrête……

Consommer !


Une fois l’aube repeignant l’horizon annonçant la venue de l’astre de vie, les morts rangent leurs biens dans leurs poches, mettent une main sur le front et de leur marche funèbre s’en vont répéter cette éternelle ritournelle.